25 ans de bonheur consacré

« J’aurais aimé célébrer cet anniversaire dans un ermitage en cœur à cœur avec Jésus – mais je sentais qu’il voulait, comme le pape nous le rappelle, que je témoigne de la joie de l’Évangile. Cette soirée a été une célébration de l’amour et de la force de Dieu. » Entourée des membres de sa famille spirituelle Regnum Christi, et des amis et filles spirituelles venus des quatre coins des Etats-Unis Cécile Martin-Houlgatte a célébrée ses 25 ans de consécration le 3 juin dernier, lors d’une messe spéciale dite au centre de retraite de Notre Dame de Bethesda à Washington DC par le nonce apostolique pour les États-Unis d’Amérique, Mgr Christophe Pierre, archevêque.

Lors de la réception qui a suivi la messe, Cécile a remercié le nonce d’être venu. Elle partageait avec les invités que sa mère n’ayant pas pu venir en raison de sa faible santé, la venue/réponse positive du nonce (à son invitation) était comme si Jésus lui disait plein de tendresse « Tu vois Cécile, tu as quitté ta famille pour servir notre mère, l’Église. Aujourd’hui, ta famille et en particulier ta mère ne peut pas être célébrer tes 25 ans de consécration. Je t’envoie le représentant de notre mère, l’Église, ici aux Etats-Unis ».

Le nonce exprima sa joie de voir la beauté de la vie consacrée au sein de Regnum Christi, et l’amour fraternel dont la communauté de Cécile et les membres et amis du mouvement portaient la célébration de cet anniversaire. Discours et mots de remerciements et les chants des consacrées accompagnaient la soirée festive qui se termina avec la bénédiction du nonce.

 

Cécile – artiste et missionnaire

 

Avant la messe de son anniversaire, Cécile a répondu aux questions du père Matthew Schneider,  LC pour témoigner de ce que ces 25 ans représentaient pour elle.

P. Matthew : Qu’était votre vie en France avant votre rencontre avec le mouvement Regnum Christi ?

Cécile : Je viens de France, de Paris. Je dois beaucoup à ma famille : mes parents ont fait de leur mieux pour me donner des valeurs humaines solides, et  une culture familiale ouverte. Ce n’est que plus tard, à l’université, que je me suis rendu compte que la famille et l’école catholique ne me suffisaient plus. Dieu n’était pas le centre de notre façon de suivre/vivre la vie chrétienne.

Comment avez-vous rencontré Regnum Christi ?

À l’université, tout semblait aller bien : études, vie sociale, vie familiale et vie sentimentale. Mon style de vie à Paris était fascinant car je suivais des cours à l’Ecole du Louvre, sur l’art contemporain. Mais je ressentais bien que ce n’était pas suffisant. Je me rendais bien compte des besoins du monde et je pensais qu’il fallait quelque chose de plus (ou : et je sentais qu’il devait y avoir quelque chose de plus (plus proche de la phrase originale)).

C’est alors que Dieu a mis Regnum Christi sur mon chemin, grâce à une rencontre providentielle avec une fille qui m’interpella : « Je parie que tu veux faire des choses originales ? non ? » « Absolument ! » « Eh bien j’ai quelque chose à te proposer : il y a l’astrologie, la numérologie et ce groupe de jeunes filles qui se réunit pour étudier la Bible. » Je pensais : « la Bible ? ça c’est top », car personne ne lit la Bible dans le milieu d’art contemporain dans lequel je me trouvais. Mes amis par exemple étaient attirés par l’écriture de poésie dans les cimetières et autres choses de ce genre!

Dieu savait ce qu’il faisait car j’aurais aussi bien pu me tourner vers l’astrologie…Il était clair que dans ce groupe je retrouvais ce que mes parents m’avaient donné : la Bible. Voilà comment j’ai décidé de rencontrer le Christ plus profondément : la première fois où nous avons lu la Bible ensemble je me suis rendu compte que Jésus était vivant : c’était une vraie rencontre avec le Christ et cela a changé ma vie.

Combien de temps s’est écoulé avant que vous ne soyez consacrée ?

J’ai participé à des activités de Regnum Christi pendant deux ans avant d’en devenir membre, puis j’ai continué sur place deux autres années ; cela a été suivi de deux ans comme missionnaire avant de devenir consacrée. Voilà le chemin que Dieu m’a offert.

Qu’est-ce qui vous a aidé au cours de ces étapes pour faire partie de Regnum Christi, pour être missionnaire puis pour vous consacrer ?                  

Avant de devenir membre de Regnum Christi j’ai participé, pendant deux ans à des rencontres, des « cursillos » annuels à Lourdes et un voyage à Rome. Cela m’a pris deux ans parce que je n’étais pas prête à faire plus : je n’étais pas encore assez mûre spirituellement. J’avais compris qu’un membre de Regnum Christi devait vivre plus. Pour être honnête je n’allais pas encore à la messe tous les dimanches, quelques fois seulement. Je ne ressentais pas d’appel de Dieu à me tourner plus vers lui. Il était vraiment patient et ma faim s’est développée lentement : plus les contacts avec lui étaient fréquents plus je désirais laisser de place pour lui dans mon cœur. Puis j’ai participé à un « cursillo » à Lourdes où on m’invita à devenir membre de Regnum Christi. Ce fut un grand jour de joie et de larmes car j’étais touchée par cette rencontre mutuelle – cela prenait forme – avec Jésus-Christ, mon Seigneur. Je peux dire que ce jour-là j’ai senti une grâce : une étape importante dans ma vie spirituelle.

À la suite j’essayais de suivre une vie chrétienne plus cohérente, ce pendant deux ans, jusqu’à ce que je sorte diplômée de l’Ecole du Louvre. Puis j’ai ressenti que je devais mieux me former. Je savais bien des choses sur l’art contemporain mais si peu sur l’Évangile. Je voulais me former et me tourner vers Dieu (plutôt et rendre quelque chose à Dieu(« give back ») car il était clair que Dieu était dans ma vie : oui,  quand j’avais des problèmes il était sûr que Dieu m’aidait à éviter les dangers. Alors je me mis à penser : je pourrais bien donner un an ? Voilà pourquoi je décidais d’être missionnaire : pour me former et pour remercier/rendre à Dieu. Une fois diplômée, je demandais à être missionnaire et on m’envoya en mission.

La première année de mission a été vraiment géniale, avec une vie de prière qui s’épanouissait dans l’intimité avec Jésus, avec Marie, et en découvrant le charisme de Regnum Christi : nous sommes des apôtres. Très vite en partageant la vie des consacrées je me suis dit « elles ont trouvé! ». Je suis donc restée une deuxième année pour mieux discerner si c’était ma vocation. Je me suis rendu compte que oui et je suis alors allée en formation.

Quels genres de missions avez-vous eues ?

Vraiment diverses ! J’ai commencé par le Châtelard en Suisse, maison qui reçoit des jeunes filles pour leur offrir une formation variée avant de repartir mener une vie d’influence dans leur pays et leur milieu. J’y suis restée deux ans.

Ensuite je me suis occupée de la pastorale des vocations au Canada : aider de jeunes femmes à discerner leur vocation au sein de Regnum Christi.

Puis j’ai été envoyée en Espagne en tant que formatrice auprès des jeunes femmes qui venaient discerner leur vocation chez nous et s’y préparer. J’étais vice-directrice et accompagnatrice spirituelle. La plupart des jeunes femmes étaient européennes, d’autres américaines ou d’Amérique Latine.

Je retournai alors à Paris : j’ai fait un peu de tout dans ma ville pendant trois ans : formation des consacrées de ma communauté, déplacement vers deux autres villes pour aider à la mission, et missions pour fonder Regnum Christi au Liban.

Cela a été suivi par trois ans au Mexique, en commençant par créer un centre à Puebla. À nouveau j’étais dédiée à la formation de consacrées, mais aussi à celle de dames et de jeunes filles. Je dispensais une formation mais j’en retirais toujours plus personnellement. J’ai appris à former mon cœur au Mexique : j’en suis repartie avec un cœur plus ouvert et affectueux…

Puis j’ai eu la joie d’être envoyée aux USA. Du Mexique je suis partie en Floride pour huit ans, puis à Chicago deux ans, Rhode Island un an et aujourd’hui à Washington, tout en œuvrant à New York et d’autres endroits ces deux dernières années.

Quand j’étais en Floride j’étais chargée de former les consacrées, les jeunes et les dames. À Chicago j’accompagnais et je formais ceux vivant dans des milieux d’influence. Ces femmes, par exemple, me disaient « je suis pauvre, aidez-moi ! je voudrais que l’amour de Dieu  me saisisse davantage ». Quelle belle expérience ! Je fais cela depuis cette époque.

Quels ont été vos meilleurs moments d’apostolat ?

C’est difficile de choisir dans ces 25 ans car chaque instant a été un petit coin de paradis….

Au Châtelard j’étais touchée de voir ces jeunes filles qui venaient pour jouir d’occupations spécifiques tels que les voyages, sans rechercher aucune formation religieuse. Avec beaucoup de douceur et de patience on allait à la conquête de leur cœur et de leur conscience à former. Quelques-unes des filles les plus difficiles – on en rit même après 25 ans – brisaient la paix et l’ordre. Mais, à la fin de l’année, elles déclaraient que Jésus était leur meilleure découverte et qu’elles se sentaient missionnaires en rentrant chez elles ! Deux d’entre elles nous ont appelées après être rentrées dans leur pays pour demander nos prières car elles organisaient un congrès destiné aux jeunes pour leur donner le sens des valeurs. « On a organisé un congrès avec 500 personnes dans ma ville ». Je me disais « C’est l’Esprit Saint qui s’est installé dans le cœur de ces  jeunes femmes normales – les plus dissipées à leur arrivée au Châtelard ». Encore aujourd’hui elles agissent dans leur milieu et société !

Les missions vers le Liban étaient aussi très touchantes. C’est un pays qui a beaucoup souffert. J’y allais deux fois par an en accompagnant des membres de Regnum Christi pendant deux semaines. Une fois particulièrement j’ai ressenti la beauté de l’Eglise universelle et comment Regnum Christi pouvait être une de ces façons spéciales d’atteindre ces coins du monde.                                              

Un jour un groupe de jeunes filles avaient décidé de s’engager au sein de Regnum Christi. Nous faisions une retraite de silence de trois jours dans un monastère libanais avec ces jeunes libanaises si attachantes et ardentes. Elles avaient décidé de s’engager avec Jésus. Cette messe en arabe me touchait particulièrement, mais je ne pouvais comprendre leur rite d’engagement. Avec la passion propre aux habitants de Moyen-Orient, elles avaient décidé de vraiment suivre Jésus, de prendre leur croix et de vivre l’Évangile.

D’autres moments forts ont eu lieu à Haïti où je suis allée régulièrement depuis le tremblement de terre. Cela m’a ouvert les yeux sur la tragédie et la pauvreté de ce pays. J’y suis allée tous les ans avec des jeunes et à présent avec des groupes de femmes. Chaque fois je sens que Dieu désire me retirer de ma vie communautaire quotidienne afin de me parler intimement. Chaque fois il me touche particulièrement dans mon âme.

Pourriez-vous partager quelques expériences sur la prière et la vie en communauté ?

Tous les jours je suis inspirée par le choix de sainteté des consacrées que Dieu m’a fait rencontrer. Ce choix de vie est magnifique mais plein de défis : on ne choisit pas avec qui on vit, n’est-ce-pas ? Mais nous avons toutes choisi Dieu et son Église.  Ainsi c’est merveilleux de voir l’action de Dieu dans le cœur de toutes ces femmes qu’il a choisies. À certains moments de la vie communautaire j’ai ressenti le ciel se déversant sur la terre. On sent la charité et le désir de faire l’expérience de l’amour de Dieu et d’aider les autres de faire la même expérience. Je l’ai vraiment ressenti comme le ciel sur la terre.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de défis. « Es-tu sûre Seigneur que tu ne voudrais pas que je sois ermite ? » La vie de nos supérieures m’inspire aussi, comme il ne semble pas facile d’être supérieure. Leurs petits services discrets sont une inspiration pour moi !

Dans la vie de prière il est beau de voir comme Dieu se rend présent, surtout par l’Eucharistie et les temps d’adoration – ce sont des moments de transformation et un avant-goût du ciel – ce qui est suffisant. Parfois je me dis : « C’est assez ; je peux mourir maintenant à cause de ce mystère extraordinaire, celui de Jésus venant à la rencontre de ma pauvre petite âme ! »

Je me souviens d’une période particulièrement difficile pour moi. Ma mère était à l’hôpital et moi j’étais à l’hôtel dans une ville inconnue…je me sentais anéantie, au bout du rouleau. Je n’avais plus aucune force. Un sombre moment. Je voyage toujours avec un énorme crucifix qui remplit la moitié de ma valise : c’est le Christ qui m’inspire ; la raison de ma consécration…Parce que j’ai vu Jésus sur la croix et que je lui demandai ce que je pouvais faire il me répondit en murmurant dans mon cœur « voudrais-tu me donner ta vie, Cécile ? » je murmurai « oui ». C’était bien une réponse à l’amour de Dieu et à sa crucifixion.

En cet instant de nuit intense je pris l’énorme crucifix et le contemplai. Mon désarroi n’était pas la solitude où Il voulait me trouver. Il était là avec moi dans la douleur, la peine. Je ne peux décrire l’intimité de cet instant. C’est alors que je commençai à percevoir la réalité de la Sainte Trinité en mon for intérieur. Je ne peux toujours pas le comprendre mais c’est une réalité cette présence de la Sainte Trinité au cœur de ma pauvre âme.

Souvent je me demande comment mieux aimer. Comment puis-je aimer plus dans ce monde ? Comment pouvons-nous aider les autres à ressentir l’amour de Dieu dans ce monde ? Penser que la Trinité pense à cela : « Comment Cécile peut-elle mieux ressentir notre amour ? Comment peut-elle être un meilleur messager ? Comment peut-elle être un meilleur miroir de notre amour ? »

Cela m’amène à parler de la vie consacrée. Jean-Paul II déclare dans Vita Consecrata que la vie consacrée rappelle le parfum que la femme de Béthanie a versé sur les pieds et le visage de Jésus. Elle avait un amour immense en prenant le risque de faire cela. C’est comme un parfum que vous ne pouvez attraper, mais il renouvelle toute la pièce par sa fragrance. C’est ce que je ressens en méditant tous les jours sur la Trinité qui habite en moi. Notre Seigneur nous demande de devenir un parfum pour ce monde afin que plus de gens le connaissent ; personnellement je perçois bien des gens avec cette fragrance. Il peut le faire par ma petitesse. Notre vocation laïque le démontre également car on ne peut reprendre ce parfum et nous allons dans le monde pour répandre l’amour de Dieu sans limites.

Que diriez-vous à une jeune femme de la vie consacrée qui vient de commencer, si elle vous demande que faire pour persévérer dans cette vie ?

Dans les moments qui ont été plus difficiles, ce qui m’a beaucoup aidé, c’est la vie de prières et les Écritures. La Liturgie des Heures a été importante. Un accompagnement spirituel constant et la vie sacramentelle ont été la clé. De bonnes amitiés avec des consacrées – parfois avec des prêtres – ont été de belles sources de sagesse…

Le retour au premier amour m’aide aussi énormément. C’est incroyable qu’il ait aidé une personne aussi pauvre : « Tu es vraiment sûr, Seigneur ? » « Oui, je sais ce que je faisais, et je sais ce que je fais aujourd’hui ».

Ce qui m’aide actuellement c’est de voir toute la perspective sur le monde, et les besoins du monde. Quand on voit le cœur de Dieu toute difficulté s’amoindrit. Cela me permet un amour plus grand.

Ce qui m’a permis de continuer c’est de me rendre compte que n’importe quelle voie permet d’aimer plus et que je suis libre de donner et de recevoir l’amour nourrissant et incroyable de Dieu.

Si quelqu’un songe à la vie consacrée je lui dirais : « Laissez-le vous aimer ». 

Regrettez-vous quelque chose ?

Mon seul regret c’est pour les moments où je n’ai pas aimé Dieu comme il m’aimait !

 

Visionner la vidéo du parcours de Cécile

                                                                      

Mots-clés: