L’ECyD, l’épanouissement humain et spirituel du jeune passe par l’amitié

Témoignage d'Anne Marie Terrenoir, consacrée de Regnum Christi, sur son parcours ECyD et sur les qualités de celui-ci.

Chers amis,

Adolescente, j’ai connu l’association SPES en participant à ses activités. J’ai décidé de continuer dans cette orientation éducative et cela fait maintenant 5 ans que j’y travaille, en tant que consacrée. Celle-ci est active dans différents pays d’Europe. J’ai d’ailleurs travaillé avec la même association en Espagne de 2005 à 2010.

J’apprécie beaucoup la pédagogie humaine et spirituelle qu’utilise SPES auprès des enfants, au service des familles. On pourrait dire qu’elle se caractérise par une grande connaissance de la personne humaine, enfant aimé de Dieu, et un désir sincère et profond d’aider chacun à donner le meilleur de soi pour son épanouissement personnel. Ceci n’est possible bien sûr qu’en apprenant à marcher à la suite du Christ.

Après avoir moi-même beaucoup reçu lors de mes séjours avec cette association, je désire transmettre à mon tour cette qualité de pédagogie.

Au sein de l’association, je m’occupe actuellement des différentes activités qui s’adressent aux filles de 9 à 17 ans. Il s’agit de l’étape passionnante tout autant qu’exigeante de l’enfance à l’adolescence, tranche d’âge qui nécessite de recevoir de solides points de repères et qui en même temps apporte à l’adulte un esprit débordant de vie et d’enthousiasme.

 

Nous désirons que nos jeunes soient épanouis. En d’autres termes, qu’ils acquièrent la plénitude de leurs facultés intellectuelles ou physiques, qu’ils atteignent un stade de développement complet et heureux. L’épanouissement est donc un état correspondant à une étape de la vie et le fruit d’une croissance équilibrée. Cependant, l’épanouissement est en même temps atteint et en cours. C’est à la fois un fruit mûr et un fruit en croissance. A la fois un aboutissement, une plénitude, sans être jamais totalement atteint. On parle d’un enfant épanoui quand il est bien dans sa peau, dans son corps, content de vivre, non pas qu’il soit parfait mais qu’il ait développé les aptitudes propres à son âge. Et en même temps, il ne doit pas en rester là, sous peine de s’atrophier.

Arriver à cette plénitude requiert la satisfaction de nos besoins les plus fondamentaux, comme l’amitié.

Si c’est un besoin de la personne en général, il est caractéristique de l’adolescent : son groupe d’amis, c’est presque une partie de son oxygène ! Il vit une étape où il s’éloigne du giron familial, parfois presque en lui tournant le dos et où ses amis prennent de plus en plus de place dans sa vie. Ce groupe est à ce moment-là pour lui un refuge et une sécurité. Il y trouve une richesse : des rencontres.

Une amitié, tel un beau fruit, ne tombe pas du ciel. Elle se construit. Plusieurs étapes sont nécessaires. La condition peut-être la plus nécessaire est la rencontre. Une rencontre vraie. Ceci n’est pas automatique dans un groupe, même un groupe dit « d’amis », et même entre deux personnes qui partagent beaucoup de temps ensemble. Il faut que deux individualités se rencontrent personnellement. Une rencontre, c’est ce quelque chose d’intangible qui surgit quand au moins deux personnes s’accueillent mutuellement et établissent une communication féconde. La rencontre nous réveille « à l’intérieur ». C’est cette relation dans laquelle aux moins deux « moi » souverains et sacrés se rencontrent en un « nous » et touchent les points importants de leur existence. Il ne suffit pas d’une proximité physique de deux personnes qui pourrait s’avérer une non-rencontre. La rencontre exige des conditions : la générosité, la disponibilité, la véracité, la simplicité, la communication, la fidélité, la patience, la cordialité. Elle fait toujours grandir ceux qui sont impliqués, c’est un don, un cadeau, et en même temps une tâche qui nous pousse toujours à trouver des points de rencontre avec les autres. De ces rencontres jaillit un désir sincère d’aimer et d’être aimé. La rencontre tisse ainsi un lien, premier pas de l’amitié.

L’ECyD cherche à donner des occasions de rencontres aux jeunes pour qu’ils puissent construire de profondes, de vraies amitiés.

Concrètement l’ECyD se vit avec d’autres et en équipe. En équipe les jeunes se retrouvent, partagent, s’amusent, prient, se forment, témoignent de leur foi, s’ouvrent à leurs frères... Ils peuvent partager leur vie, le sens de cette vie, pour quoi et comment la vivre en plénitude. Plus qu’un « faire ensemble », il s’agit d’un « être ensemble », de vivre et de partager leur recherche et leur foi. L’ECyD offre une ambiance pour favoriser l’amitié dans cette étape où l’adolescent peut momentanément s’éloigner affectivement de ses parents. Il peut faire une expérience de l’amitié authentique, que lui-même peut être un vrai ami et qu’il peut avoir de vrais amis. Plus ce qui est partagé est profond, plus l’amitié est profonde.

Les rencontres, les vraies, sont fécondes, elles portent du fruit : l’unité et l’intimité, la joie, la satisfaction intérieure, la lumière, l’initiative créatrice, etc.

L’expérience de l’amitié avec les autres permet au jeune de rencontrer plus facilement un Dieu ami. Comment découvrir un Dieu ami qu’on ne voit pas sans avoir fait une expérience d’amitié avec des personnes que nous voyons ? Sans s’être senti apprécié, accueilli, accepté, aimé ? C’est plus difficile. Or le Christ nous invite à une relation personnelle et d’amitié avec lui : « Je vous appelle mes amis » (Jn 15,15). Ceci n’est pas la chasse gardée des prêtres et des religieux. C’est pour chacun de nous et c’est pour chaque adolescent ! Chacun est appelé non à une amitié statique avec Jésus, mais à une amitié dynamique, qui grandit de plus en plus, intime, intérieure. Cette relation avec le Christ mène à un épanouissement spirituel et humain. D’ailleurs toute véritable amitié prend naissance dans le Christ, se développe conformément au Christ et trouve son achèvement dans le Christ (cf. L’amitié spirituelle 10, Aelred de Rievaulx). L’amitié avec le Christ et l’amitié avec les autres sont donc inséparables. Toutes les deux ont une dimension à la fois spirituelle et humaine. Et toutes deux mènent ensemble à l’épanouissement, et en sont une condition nécessaire. La vie, tout autant que la vie chrétienne, n’est pas un code moral, un nombre de lois à suivre pour vivre de manière « politiquement correcte » ni une série de devoirs à accomplir pour être « quelqu’un de bien ». C’est une carcasse qui peut rester vide. Nous sommes appelés à la rencontre, à l’amitié, à la communion ! L’expérience d’amitié pour l’adolescent lui permettra de former la conviction que ce qui le met en action (son moteur) c’est l’amour, et qu’il a besoin du vrai Ami et de vrais amis. Convaincu, il pourra prendre la décision de vouloir se donner aux autres et de se laisser aider par eux. Ce jeune risque fort d’être… épanoui !

Idée de lecture : L’amitié spirituelle d’Aelred de Rievaulx