La seule règle, c’est d’aimer les jeunes

Témoignage du P. Chad, prêtre américain qui, depuis 1998, s’investit auprès des jeunes en organisant et dirigeant des camps en France.

Père Chad, vous êtes américain et légionnaire du Christ, pouvez-vous nous dire pourquoi vous êtes en France et quelle mission vous y accomplissez ?
Même si j’ai toujours rêvé d’être missionnaire comme saint Paul, venir en France n’était pas mon idée première. Je suis entré au sein de la Légion du Christ en 1994 et, dès 1998, mes supérieurs m’ont envoyé en France suivre mon stage apostolique. C’est là que j’ai commencé à organiser des camps pour des adolescents, dans le cadre du mouvement Regnum Christi. Je me suis formé aux règles, us et coutumes français, notamment en passant mon BAFD en 1999 et depuis j’ai dirigé une dizaine de camps par an. En 2008, Mgr Daucourt a demandé à mes supérieurs deux prêtres pour le diocèse de Nanterre. J’ai alors été nommé vicaire de la paroisse saint Pierre à Neuilly. Je suis en charge de jeunes et évidemment je mets mon expérience d’organisation de camps au service de la paroisse.

Quelles sont les difficultés pour un prêtre à s’occuper de jeunes d’aujourd’hui ?
Je ne suis pas sûr que ce soit beaucoup plus difficile qu’autrefois pour un Don Bosco ou pour tous ces prêtres qui m’ont précédé dans ce travail, dans les paroisses en France. Mais il est vrai que le monde change beaucoup et qu’il faut s’adapter. Je crois que la première et peut-être seule règle, c’est d’aimer les jeunes. Après, il faut les écouter. Un jeune me disait lors du dernier camp, sur un téléski : « on a du mal à communiquer avec l’Église ». C’est à nous de faire un effort et de leur proposer la foi en tenant compte de leur situation, de leur psychologie et de leur âge, avec leurs défauts et leurs qualités.

Pouvez-vous nous donner vos recettes ?
Et bien d’abord, il faut de bons marmitons ! Une équipe d’animation soudée, bien formée, habituée à travailler ensemble et qui vit les mêmes valeurs est une des clefs de la réussite. Ensuite, le fait que le cuisinier soit prêtre est une grande chance pour tout le monde ; cela donne aux jeunes la possibilité de recevoir les sacrements, lorsqu’ils en perçoivent la nécessité, et cela donne une ambiance particulière. J’ai bien vu la différence entre organiser un camp comme séminariste, même religieux, et comme prêtre, ce n’est pas la même chose. L’autre recette consiste à servir des plats différents et à ne pas faire attendre les clients. Nous proposons un rythme d’activités alterné : les temps de prières, de sport, de formation et de repos s’enchaînent. On ne peut pas, à cet âge, leur demander de prier trop longtemps. La messe quotidienne ne dure que 35 minutes, mais en tout, entre la messe, la méditation, le chapelet, les bénédicités, et les prières du matin et du soir, ils prient pas mal. Un rôti, même excellent doit être coupé en tranches, sinon c’est immangeable… Ensuite il faut une bonne cuisine : un lieu attrayant avec des activités qu’ils apprécient ; c’est important aussi.

Et avez-vous des problèmes d’autorité ?
Oui, évidemment, il n’y a pas de miracles… enfin pas dans nos camps ! Mais cela se passe bien. L’autorité n’a pas besoin d’être écrasante. Elle doit être perçue comme à leur service ; non pas au service de leur désir mais à celui de leur épanouissement personnel, et surtout elle doit être appuyée par un exemple de vie personnelle. Tous ceux qui sont au contact des jeunes le disent ; ils sont tellement rapides à percevoir toute incohérence personnelle… et là ils ne vous loupent pas, si j’ose dire !

Avez-vous une méthodologie particulière ?
Ma méthodologie me vient de ma congrégation qui est très engagée dans la formation à tous les niveaux. Chaque jour, nous proposons aux jeunes de vivre une vertu, comme par exemple la charité, l’obéissance, la sincérité ou la pureté. Nous essayons de leur montrer comment cette vertu s’applique dans leur vie de tous les jours et ils la mettent en pratique ; c’est beau de voir un adolescent s’appliquer à la charité, c’est très beau, surtout lorsqu’on voit bien qu’il a une difficulté particulière. Nous faisons très attention aux jurons. On leur fait des remarques sans excès mais dans un souci de formation ; c’est une bonne manière de travailler la charité notamment et la pureté aussi.
Il est important qu’ils sentent que l’équipe d’animation, et le prêtre le premier, croient en eux. Les jeunes sont soumis à une véritable pression. En France, à l’école, le système est souvent plus basé sur la pression que sur l’encouragement. Comme américain, cela me frappe beaucoup. Alors au moins pendant les quelques jours que dure le camp, nous les encourageons ; cela donne parfois des résultats spectaculaires, pas toujours mais parfois.

Avez-vous l’impression d’arriver à transmettre quelque chose ?
Je le crois, oui. Oh rien d’exceptionnel ; mais lorsqu’une mère de famille vous dit « mais, mon père, que lui avez-vous fait, il débarrasse la table sans que je le lui demande ! ». Moi, comme prêtre, je me dis voilà un garçon qui mûrit humainement et qui offre au Seigneur la possibilité de le faire grandir dans sa foi.
La transmission, c’est l’exemple vécu en commun. Il n’y a pas de transmission sans proximité et cette proximité-là n’est pas familiarité. Elle est un regard commun que nous portons vers le Christ ; peut-être le prêtre regarde-t-il d’abord le Christ et l’adolescent le suit-il mais ce n’est pas cela qui est important, ce qui est important c’est le regard en commun, c’est là que se fait « l’alchimie » de la transmission. C’est pourquoi un camp catholique c’est un camp qui « donne à voir le Christ ».