Les camps de vacances : lieux d'éducation dans la foi

Anne-Marie Terrenoir, membre consacré de Regnum Christi depuis six ans, en service aux camps en Vendée et en Irlande au mois de juillet, livre spontanément son expérience de transmission de la foi et d’éducation cet été.

Le car arrive et une trentaine de filles en descend. Elles sont équipées pour dix jours d’aventure. Certaines ont déjà fait des camps ensemble, d’autres non; nouvelles ou habituées, elles espèrent toutes s’amuser ! C’est aussi le cas de la consacrée et de la maman qui les accueillent et s’efforcent de retenir le prénom de chacune. S’amuser, bien sûr ; c’est les vacances ! S’amuser dans une ambiance chrétienne qui puisse aider chacune à découvrir Dieu et à grandir dans sa foi.

Comment transmettre la foi aux adolescents, aux jeunes ? Avec leurs idéaux et leurs questions, leurs désirs et leur intelligence, ils ouvrent les yeux aux autres, au monde et se découvrent eux-mêmes. Ils ressentent un puissant désir de prendre les rênes de leur vie et de foncer.
Certains jeunes veulent vivre leur foi, donner à Dieu la première place. Ils savent qu’un chrétien seul est un chrétien en danger, car il est dur (impossible ?) d’aller à contre-courant. Ils recherchent des amis, une manière de prier, des activités, qui répondent à leur désir et leurs besoins. Ceux-là ont pris leur foi au sérieux. C’est leur foi. Ils sont passés de la foi de leurs parents, une foi enseignée, une foi transmise, à leur foi en Jésus-Christ.

Transmettre la foi, c’est la mission des parents auprès de leurs enfants. Mission belle et ardue car impossible à mesurer et contrôler, encore moins à achever. D’où l’aide et le complément de la pastorale des jeunes, depuis toujours mise en œuvre au sein de l’Église. La mission est très vaste et les ouvriers qui y travaillent sont nombreux, aussi bien pendant l’année scolaire que lors des vacances, de manière institutionnelle ou à titre privé – toujours trop peu nombreux ! Goutte à goutte, c’est une véritable pluie qui arrose la graine que Seigneur sème dans les cœurs et désire voir grandir.

Elisabeth est arrivée. Elle ne connaissait ni les autres filles ni les animatrices. Mais elle a fait connaissance des plus petites comme des plus grandes. Ensemble elles ont vécu des moments de prière, des moments de détente, des temps de formation, des sensations fortes comme à « l’accrobranche » et aux grands jeux. Elle a du mal à expliquer cette « ambiance super »… Mais elle repart en ayant fait le plein : elle rentrera en Seconde en septembre, plus sûre d’elle, plus forte dans sa foi. Elle sait qu’elle n’est pas seule, qu’il existe d’autres filles jeunes, cathos et modernes qui, comme elle, veulent être « normales » tout en vivant leur foi. Au fond, n’aurait-elle pas découvert un peu plus l’amour et la présence de Jésus dans sa vie ? Et par conséquent, ne considérera-t-elle pas sa foi comme un trésor ?

L’expérience d’Elisabeth pourrait être dite en d’autres termes : « nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu. » (Romains 5,1-2).
Que s’est-il passé dans ce camp pour aider cette « ado », pour contribuer à retourner la terre de son cœur et qu’elle y accueille la Parole de Dieu ?
Les adolescents y trouvent les sacrements de l’Eucharistie et de la confession « à portée de main », grâce à la messe quotidienne et à la présence d’un aumônier. Beaucoup sont surpris que la messe soit proposée chaque jour. A cet âge, nombreux sont ceux qui n’y comprennent pas grand-chose et s’ennuient. C’est l’occasion de leur expliquer ce qu’est la messe, de leur faire découvrir ce qui se cache derrière cette heure où « l’on ne fait rien », selon certains qui préféreraient jouer au foot, faire un jeu ou rester dans leur chambre à bavarder. Ils préparent leur messe, choisissent les chants, répètent les lectures et le prêtre profite de cette assistance pour faire une homélie sur mesure pour des 13-16 ans ; il s’arrêtera, à certains moments de la célébration, pour expliquer ce qui se passe, le sens des gestes et des paroles.

En plus des salles d’activité, chaque camp a sa chapelle. Matin et soir, les adolescents s’y retrouvent. Quelques-uns partagent même avec les autres leur façon de se tourner vers Dieu, comme certains qui ont la chance de prier en famille. Guidés par une prière à voix haute, un chant, une veillée d’adoration, une méditation dirigée par un adulte, des intentions de prière des uns et des autres, ils peuvent apprendre à prier. Peut-être trouveront-ils leur manière de s’entretenir cœur à cœur à cet âge où ils ressentent particulièrement le besoin de se confier, d’être écoutés, regardés avec amour, de trouver le calme et la paix ? Ils ont aussi besoin de se connaître : ceux qui sont plutôt du matin et ceux qui préfèrent le soir ; ceux pour qui l’ambiance et la décoration d’un coin prière ont une grande importance ; pour d’autres une musique ou un chant les aidera à se mettre en présence du Seigneur qui demeure en eux. Cet horaire aménagé pendant le séjour encourage les jeunes à prendre aussi du temps pendant l’année pour la prière personnelle, même s’ils se rendent compte que cela leur demandera un gros effort.

Pourtant, les adolescents se rappellent plus souvent l’ambiance et les amis du camp que les messes et la prière !
Une ambiance modelée par les vertus chrétiennes : charité, bonté, patience, ouverture, gratitude, pardon, serviabilité, don de soi, joie. Afin de motiver chacun à les vivre, la traditionnelle « campagne » (jeu de motivation) est stratégiquement positionnée dans un endroit bien visible. Adaptée au thème du camp, elle permet aux participants de faire avancer leur équipe en vivant, par exemple, la charité, l’enthousiasme ou la ponctualité, pour arriver au but. Chaque camp est un défi. Le défi de créer cet esprit chrétien, où l’on s’efforce pour vivre chaque activité avec enthousiasme, voir en positif, valoriser chaque personne, apprendre à découvrir l’autre, s’écouter et, quand il le faut, se demander pardon et pardonner.
Certains adolescents apprécient particulièrement de s’impliquer dans le camp en prenant une responsabilité, par exemple l’organisation d’un grand jeu ou d’une veillée, être responsable des chants pour la messe ou mettre en place certaines surprises pour la collectivité. Ils seront aidés par un des animateurs. Leur émotion non dissimulée à la fin de l’activité réussie est touchante : il est fier de lui, il peut avoir confiance en lui parce que d’autres lui ont fait confiance, il découvre un peu plus de sa valeur, il prend sa place.

Les animateurs, le personnel encadrant est primordial pour le bon déroulement du séjour, bien sûr pour tout ce qui est de l’organisation et de la gestion, mais aussi pour l’attention personnelle. Chaque enfant compte. Chaque enfant est un cadeau pour les autres et une richesse. Pour le découvrir il a besoin de se sentir accepté, pris en compte, aimé. D’où un nombre suffisant d’animateurs pour avoir du temps « en plus », pour être disponible. Voilà tout un défi pour l’équipe organisatrice : les activités doivent être suffisamment au point pour ne pas être préoccupé que par les choses pratiques et pouvoir passer du temps avec les enfants.

Ils sont à un âge où ils regardent souvent avec admiration « les grands », les jeunes adultes et leurs animateurs/animatrices. Ils rêvent de ce qu’ils seront et feront à 20-25 ans. Un témoignage de cohérence de vie les frappe et reste encore plus gravé dans leur mémoire que les enseignements. Ainsi, passer une ou deux semaines proches de personnes plus âgées, qui partagent le même toit, le même rythme de vie, qui vont aussi à la messe, qui prient, qui ont le sourire, qui se donnent pour eux est une véritable profession de foi à laquelle ils ne sont pas insensibles. Un autre témoignage a également un poids très important: les jeunes comme eux, de leur âge, qui s’engagent pour le Christ, à vivre en amis du Christ. C’est le cas par exemple des adolescents qui font leur engagement d’adolescents de l’ECYD.

Un camp ne remplace pas le catéchisme ou une aumônerie, il permet d’être avec les jeunes 24 heures sur 24 et nourrit ainsi un contact différent d’une rencontre d’une heure par semaine
La transmission de la foi est un domaine immense ; un camp de vacances n’en touche qu’une toute petite partie. Mais le Seigneur a sa logique qui nous dépasse et veut passer au travers d’instruments, d’apôtres. Il désire le faire à travers nous, chacun et chacune dans sa mission. Puisqu’Il est tout-puissant, continuons à faire notre part de travail, témoignant de notre foi et de son Amour. C’est Lui qui sème et donne du fruit. Nous aidons seulement à préparer le terrain, ou à l’entretenir. Nous qui avons tant reçu, comment ne pas Le proclamer, l’annoncer quand tant de gens ne Le connaissent pas ?

« Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d'abord cru en lui ? Comment croire en lui sans avoir entendu sa parole ? Comment entendre sa parole si personne ne l'a proclamée ? » (Romains 10,13-14).

Anne-Marie Terrenoir
Consacrée de Regnum Christi

Album intégré: 
Camp 1
Camp 2
Camp 3
Camp 4